Premier avis sur la gamme 2022 de Sony, avec les xw5000 et xw7000

C’est par le biais de mes clients demandeurs de calibration que j’ai fait connaissance avec les nouvelles machines de Sony, nommées xw5000 et xw7000, qui remplacent respectivement, si l’on se base sur leur tarification, les vw290 et vw790. La différence principale étant l’apparition du laser comme source lumineuse sur l’entrée de gamme de Sony 4K, et de nouvelles carrosseries et optiques. Sans aller chercher trop dans les entrailles, c’est ce qui parait évident. Pour l’architecture des menus, on est en terrain connu, pas de grande évolution à priori mais les puces sont différentes et les algorithmes utilisés aussi, que ce soit pour la netteté ou le HDR même si ce sont plutôt des évolutions dans la lignée des générations précédentes.

Je ne nomme pas mon article test car en l’état actuel des machines observées, je ne peux que regretter certains problèmes relevés qui, j’espère, sont temporaires et seront vite corrigés. A noter qu’on parle de 4 exemplaires et non de 2 puisqu’on m’a rapporté les mêmes problèmes sur un autre 7000 et un autre 5000.

Je préviens donc mes lecteurs d’être attentifs aux machines qu’ils pourront croiser, et qu’ils n’hésitent pas à me demander les mires utilisées pour réaliser leurs propres essais et photos.


Sony xw5000
Sony xw5000

Installation

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, le xw5000 n’a pas d’objectif motorisé. Exit donc les mémoires de zoom et la possibilité de réaliser le focus le nez sur l’écran : il vous faudra être deux ou avoir une bonne vue. Le xw7000 justifie donc son tarif par cet objectif motorisé ainsi qu’une optique plus complexe et plus performante sur le papier. Pour le reste on est sur une base classique.

Mais c’est cette base qui a d’abord posé problème : impossible de réaliser un focus correct sur toute la surface de l’image. Malgré un positionnement du projecteur dans l’axe du milieu de l’écran et à hauteur correcte, donc sans beaucoup solliciter le lens shift, nos 2 exemplaires se sont révélés décevants, voire très décevants avec un quart de l’image floue selon des degrés différents en fonction du modèle. Le xw5000 voit son image découpée en 6 zones, 3 en haut et 3 en bas, et le focus quand il est bon au milieu en haut n’est pas terrible en bas à droite et à gauche. Pour le xw7000, c’était plutôt sur une diagonale bas gauche vers haut droit, quand c’est net d’un côté, c’est (totalement) flou de l’autre. Le compromis acceptable étant très difficile à trouver (voir images ci-dessous)…



Les choses ne se sont pas arrangées en analysant les convergences. Une fois réglé, le xw5000 avait toujours des débords bleu car la matrice bleu elle-même était très épaisse (5 à 6 pixels en horizontal). Ce qui fait que la mire 3 pixels 1080p n’était pas top. Pour le xw7000, plus l’image est nette, et plus c’est le vert qui déborde, avec 5 pixels natifs (sur la hauteur/2160) qui se voient sous un trait noir de 3 pixels 1080p. Du jamais vu ! Alors qu’elles avaient l’air correct dans le menu des convergences…

Autre chose, avec la source Zidoo 1000 pro, l’upscale n’était pas bonne pour la mire 1 pixel 1080p, on a été obligé de passer par l’upscale du Sony xw7000 pour retrouver un affichage correct. Pour le xw5000, c’était un PCHC avec une Config Kaz donc pas de problème de ce coté là, par contre on pouvait observer une remontée de bruit vidéo et de compression rarement observée sur nos mires parfaitement connues. On attribue cela à des algorithmes de netteté qui ne sont pas désactivables car tout était au minimum. Le xw7000, lui, avait moins ce genre de problème mais l’image était moins fine, moins piquée : on a été obligé d’activer le D. Focus Optimizer pour retrouver la netteté du xw5000. Il aurait fallu tester avec la même source pour enlever cette cause possible.


XW5000 et les remontées de bruit et compression :
XW5000 et les remontées de bruit et compression :
XW7000 avec le D. Focus activé :
XW7000 avec le D. Focus activé :

Calibration SDR

Que ce soit sur l’un ou l’autre, tout se passe bien, avec un bon gamma, des couleurs plutôt justes en sortie de carton, mis à part une température du point blanc plutôt froide mais facile à corriger. L’espace de gamut rec709 est complet et précisément réglé.

Le color checker n’est pas le meilleur que j’ai vu sur le xw5000 mais il est dans la norme, avec pourtant tout le reste avec un deltaE < 1.5. Mais rien de gênant. Le xw7000 était un peu mieux à ce niveau.

La luminosité, comme annoncée, est exceptionnelle et réserve même ces projecteurs à de grandes bases, avec 81nits sur 2.70m de base, écran PVC blanc gain 1.0, puissance de laser au minimum pour le xw5000 ! On est donc au-dessus de la norme haute du SDR, ce qui peut se traduire par une image fatigante car trop lumineuse et des scènes sombres un peu trop éclairées, manquant de réalisme. Après, tout dépend de la sensibilité de chacun à la lumière. Par contre le HDR, forcément, va profiter de cette puissance.





Calibration HDR

Avec 120nits à 50% du laser pour le xw5000 sur 2.70m et 130nits à 75% sur 3m de base pour le xw7000, c’est clairement du jamais vu en projection SXRD ou DILA. Sachant qu’en plus avec le laser, ces valeurs devraient durer dans le temps au fil des heures. Voilà de quoi regarder tranquillement en HDR tout ce qui sort…

Niveau contraste natif, j’ai mesuré le xw5000 à 11500:1, ce qui est beaucoup pour une luminosité pareille, et 9300:1 pour le xw7000, la différence venant probablement de l’installation, avec un zoom très ouvert sur ce dernier et beaucoup moins sur le 5000. Par contre, l’appréciation visuelle du contraste intra-image (qui se rapproche plus de l’ANSI) était nettement à l’avantage du xw7000, les 2 étant en place dans des salles avec des plafonds et murs noirs, les bandes noires sur le 5000 subissant un éclairement pas très subtil dès qu’une zone lumineuse apparait dans le reste de l’image.

Revenons à la calibration : rien de particulier à signaler, la courbe EOTF n’était pas très éloignée de la cible, mais on ne peut toujours pas l’affiner manuellement par palier contrairement aux TV. Le gamut n’est pas non plus très performant, avec environ 90% du DCI couvert, pas d’amélioration de ce coté. On est loin des projecteurs UST, comme le ForMovieTheater que j’ai pu tester cet été qui, avec ses 3 lasers, couvre la quasi-totalité du rec2020 pour un tarif de 2800€ ! Bluffant…

Sinon les couleurs sont bonnes et justes une fois réglées, pas de défaut relevé sur les mires de test de ce coté.

A noter que, dans nos tests, nous avons utilisé des améliorations externes avant d’envoyer le HDR sur les Sony : madVR d’un coté pour le 5000, avec sortie HDR donc on entre en gros toujours en HDR10 1000nits, et de même avec le Zidoo mais en utilisant le VS10. La calibration prend en compte toute la chaîne de lecture à chaque fois.





Premières impressions


Les deux projecteurs proposent le même type d’image, sur les mires bien connues. On voit un piqué démonstratif, à la limite du naturel (sur les parties nettes de l’image bien sûr), un peu trop de bruit vidéo comme expliqué (à tester en mode low latency pour les allergiques à ce phénomène), une image très lumineuse et bien lisible dans les scènes à la luminosité moyenne et haute, une bonne fluidité avec le motionflow en mode bas mais avec quelques accrocs (dédoublements de détails assez souvent et rares glitchs).

Le contraste intra-image donne plus de relief au xw7000 sans avoir non plus le détachement des plans d’un NZ8 ou d’un Christie HD6K par exemple.

Quant au HDR, la luminosité leur permet de monter d’un cran dans le rendu qu’on connait en projection, sans toutefois être plus impressionnant en termes de détails. C’est là que le bas blesse en fait… Des scènes très sombres (Locke&Key saison 1) ne donnent pas les étincelles que je peux voir sur un DLP bien réglé avec madVR. La faute au pixel qui n’arrive pas à se démarquer de ses voisins je pense. C’est bien, mais on s’attend à mieux avec un potentiel pareil. Et malgré nos améliorations au niveau de la source, les détails dans les zones sombres ne sont pas extraordinaires. Sans doute que les convergences et le focus jouent sur ce rendu de détails, mais il y a une petite gestion logicielle qui manque du coté des noirs pour vraiment leur donner du relief.

xw7000 en HDR calibré
xw7000 en HDR calibré
xw5000 en HDR calibré
xw5000 en HDR calibré

A noter que les photos ont été prises avec un téléphone


Conclusion


Je suis dubitatif de cette nouvelle gamme et c’est pour cela que j’attends des corrections prochaines, en partie logicielle, sur des machines avec un meilleur focus, pour me faire une nouvelle opinion car oui, il y a du potentiel, mais j’ai l’impression pour l’instant qu’elles ont progressé d’un coté pour régresser de l’autre.


EDIT : depuis mon article il semblerait que certains magasins aient suspendu momentanément la vente de Sony suite à des problèmes trop fréquents