Test rapide du Valerion Visionmaster Pro 2
- il y a 6 heures
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Ayant eu l'occasion de calibrer ce projecteur récemment, j'en profite pour rédiger un test rapide en situation réelle chez son propriétaire, salle dédiée basse de plafond avec murs et plafond noirs (murs en peinture/dalles acoustiques au plafond).

Installation pas si simple
Premièrement, on note la compacité de son châssis : il prend peu de place même si son design est un peu trop cubique à mon goût. On l'imagine discret mais dans la configuration dans laquelle on l'a testé, positionné relativement près de l'écran - malgré une taille de 3,55m de base - il se retrouve entre les spectateurs et l'écran. Ce qui en fait un cube proéminent au milieu d'un plafond bas. Pas très esthétique... À noter qu'il était positionné au plus loin quasiment pour arroser cette base : on aurait pu le rapprocher davantage.
L'autre problème de l'installation de ce projecteur est l'absence de lens shift mécanique. En effet si sur le papier on nous fait croire que l'image va se régler toute seule peu importe la configuration, en réalité c'est négliger la structure réelle des pixels de l'image source. En effet, dès qu'on utilise le trapèze ou la correction de la distorsion, tous les pixels se retrouvent disloqués, les lignes fines se floutent voire disparaissent. On ne s'en rend pas forcément compte sur l'image d'un film mais on perd en définition réelle dès qu'on se sert de ces outils.
Une autre chose a posé problème dans l'installation présente : les micro perforations présentes sur la toile Oray acoustique, créant un fort moiré. Pour rappel, le moiré est une altération de la structure de l'image par la mauvaise superposition de deux motifs réguliers. Dans notre cas, des ondulations bien visibles sur les zones claires de l'image, créées par la superposition de la grille très épaisse sur 3m55 de base et les micro perforations. On peut voir le moiré sur la photo ci-dessous ainsi que sur la mire de réglage dans la galerie au-dessus.
Il faut dire que la netteté est très impressionnante sur la mire de test. Aucun tri-matrice n'arrive à ce résultat.
Par contre je reste étonné par une grille aussi présente.
Ai-je raté quelque chose ?

Débuts peu enthousiasmants
Au départ, l'image était clairement mauvaise avec une énorme dominante verte et une sensation délavée. De plus, avec la luminosité très importante laser à 10/10, malgré mes 15 ans de projecteurs DLP sans jamais être gêné par les AEC (après 2 premiers mois de "rodage"), sur le Valerion ils me déchiraient les yeux !
Absolument infernal !
Heureusement les concepteurs ont intégré un système de réduction des AEC très efficace, nommé réducteur RBE. Une fois activé, j'en vois encore quelques uns en bougeant rapidement les yeux, mais plus rien de gênant. Et, cerise sur le gâteau, la forte dominante verte a disparu en même temps ! L'image manque encore de neutralité mais plus rien à voir : il suffit de passer d'un mode à l'autre pour en être convaincu.
Après avoir fait le tour des différentes fonctionnalités, on commence les mesures en SDR qui se révèlent assez médiocres mis à part un gamma d'une linéarité absolument parfaite. On a pourtant choisi le mode cinéma, paramétré en température très chaude, rec709 et le reste des fonctions par défaut ou vérifiées sur mires de base pour s'assurer que rien ne perturbe le rendu.
L'image restait terne, les visages blêmes même avec cette forte luminosité (voir photos des comparaisons avant/après calibration).
Et de façon étrange, les mesures variaient lorsque je passais d'une série de mires à une autre...
Au début j'ai pensé à un artifice dynamique resté actif, mais aucun ne l'était.
Ensuite j'ai remarqué que les couleurs s'amélioraient en basculant sur température couleur chaude au lieu de très chaude. Mais en relançant une série de mires la variation revenait et c'était alors très chaude qui offrait le meilleur rendu, mesures à l'appui.
Au final, forcé de constater qu'il s'agissait d'un bug : obligé de basculer la température au lancement de chaque vidéo pour avoir le bon réglage ! Ci-dessous vous pouvez voir l'image*, à gauche au lancement de la vidéo en température couleur Très Chaud, à droite en basculant de température couleur pour revenir sur Très Chaud :
*pour ceux qui se poseraient la question de la bande en bas sombre et colorée, l'écran utilisé lors du test était de format 21/9 et l'image zoomée pour un film en 2.35. D'ailleurs ce projecteur n'est pas du tout adapté à la gestion d'un écran non 16/9 puisqu'il ne dispose d'aucune mémoire de zoom ni de position d'image...
D'ailleurs ça me fait penser que la colorimétrie de gauche ressemble beaucoup à celle sans activation de l'anti-AEC, une dominante verte omniprésente.
Une fois compris ce bug de la température couleur, toute la calibration s'est déroulée normalement. Avec 70 nits au niveau 5 du laser et un silence appréciable, l'image en 1080p SDR était devenue tout à fait respectable et conforme à ce que je vois régulièrement sur les concurrents tri-matrices, le piqué en plus mais des noirs en retrait. Ci-dessous on peut voir l'image avant et après calibration en SDR :
A noter que l'appareil photo n'est pas très à l'aise pour capturer l'image des tri-laser, on a dû appliquer une correction dans Lightroom des fichiers RAW, correction qui sera la même pour toutes les photos prises histoire d'avoir une base de comparaison correcte néanmoins (-50 teinte vers le vert, -10 hautes lumières, +50 noir).

On remarque que certains réglages sont vraiment à bannir, comme le mode amélioration de la luminosité par exemple ci-contre (et ceci qu'il soit appliqué avant ou après la calibration).
Au final on n'a quasiment rien activé comme artifice sur le SDR, le résultat était tout à fait correct une fois calibré. Nous parlerons chapitre suivant du seul qui paraisse indispensable, pour l'amélioration des noirs.
HDR - calibration plus aisée que SDR
Après quelques extraits en bluray standard, on lance les mires de base en HDR pour contrôle visuel. C'est déjà mieux que le SDR d'entrée de jeu. Ayant déjà appréhendé les différents paramètres de ce modèle, l'image devient vite correcte - il reste à équilibrer la température couleur sur toute l'échelle des gris et les points de saturations intermédiaires RVBCMJ.
Ci-dessous, j'ai refait le même exercice pour vérifier la présence du bug de colorimétrie, l'image de gauche au lancement de la vidéo et celle de droite en basculant de température couleur : il ne me semble pas qu'il y ait de différence cette fois, du coup l'image se règle bien plus aisément :
Pour réduire le bruit qui, sans être très fort, restait très présent au-dessus de la tête, je règle la puissance à 8/10 pour obtenir un peu plus de 100nits sur cette toile gain 1.0 de 3.55m de base dans un quasi silence.
Comme je le disais, la précision des couleurs s'est trouvée meilleure en HDR, avec des saturations et teintes plus faciles à régler. On peut voir ci-dessous une illustration des 2 relevés effectués :

L'image à présent réglée, il s'agit de tester les différentes améliorations disponibles.
Et je découvre ce à quoi je ne m'attendais pas du tout : le meilleur tone mapping en projection !
Sur les couleurs de mes mires de test les plus exigeantes, c'est indéniable, et le seul projecteur que j'ai vu toutes les afficher sans avoir recours à Madvr !
Sur les blancs c'est plus subtil mais il a également passé tous les tests sans erreur. Donc on dira ex-aequo avec les ténors de la projection sur les blancs, et vainqueur sur l'affichage des couleurs. J'ai préféré le réglage du tone mapping sur faible, meilleur sur les extraits les plus contrastés sans nuire au rendu du reste des différentes scènes lues lors de cet essai.
L'autre surprise de taille est le rendu de l'image avec le mode laser dynamique activé : contrairement à ce que j'avais vu dans les démos, pas de variation notable de la colorimétrie. Alors que lors du salon de Paris notamment, une vilaine teinte rose/violette drapait l'image dès que l'artifice se mettait en marche, ici rien ne m'a paru bouger, ou tout du moins rien de gênant.
On peut voir sur les photos ci-dessous l'utilisation du laser dynamique, à gauche sans, à droite en mode Haut. Les noirs deviennent profonds, tandis que les zones claires restent presque à la même puissance lumineuse, sans dégradation du détail des hautes lumières. Il semble que les concepteurs aient particulièrement bossé ce point qui a toujours fait défaut aux projecteurs qui utilisaient un contraste dynamique en même temps que la gestion de l'ouverture de l'iris (ou du laser), en fonction de la luminosité de la scène :
*vous pouvez faire un clic droit sur ces 2 images > ouvrir dans un nouvel onglet, pour les comparer sur fond noir, ce sera plus parlant.
A noter que l'exemplaire testé disposait de la mise à jour la plus récente du constructeur, qui semblait plutôt importante, ce qui pourrait expliquer certains écarts avec d'autres avis exprimés sur ce projecteur.
Images de tests, avis subjectif du Valerion Visionmaster Pro 2
Après pas mal d'essais, il faut avouer que le résultat est surprenant. Outre les très bons niveaux de netteté et luminosité, les couleurs bien gérées et la fluidité convaincante, l'amélioration des scènes sombres avec la gestion dynamique du niveau de noir place ce projecteur parmi les meilleurs DLP de nouvelle génération que j'ai vu. J'ai oublié de faire le relevé du contraste, mais d'après ce que j'ai lu et qui m'a l'air cohérent par rapport à ce que j'ai pu observer, le rapport blanc sur noir passe de 1600:1 natif calibré à au moins 4500:1, ce qui apporte énormément dans les scènes sombres, avec un pompage discret voire imperceptible.
Il faut bien entendu regarder plusieurs films entiers pour confirmer ou pas cette bonne impression.
D'autant que j'ai remarqué quelques petits accrocs dans les travellings rapides et la gestion lumineuse lors de changements brusques d'éclairage. Cela mérite de tester à minima une autre source (platine Bluray Sony 800 en lecture fichiers utilisé pendant mon essai).
Reste les AEC qui gêneront certains malgré la réduction RBE et les pics très étroits des tri-lasers (sans ajout de LEDs) qui donnent un spectre lumineux pauvre par rapport à une lampe UHP, mais pour l'instant, on ne pourra pas tout avoir.
En conclusion, pour le tarif affiché actuellement sur les boutiques du net, ce Valerion Visionmaster Pro 2 est une sérieuse alternative aux ténors du secteur - surtout pour une base de 3.50m ! - si on est prêt à prendre du temps pour l'installer correctement, faire une calibration, choisir un écran approprié et l'alimenter avec une bonne source...
Kaz































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