Test Sony vw790es


A lire différents avis et suite à la visioconférence à laquelle j'avais assisté, j'avais hâte de découvrir ce nouveau projecteur Sony, successeur du vw760es qui a fait une belle carrière chez les plus exigeants des utilisateurs – exigeants au point de me faire venir une seconde fois pour une retouche de calibration suite à une mise à jour importante. Donc l'évolution de ce modèle est très intéressante, notamment car il est à la limite entre le haut de gamme et le très haut de gamme de la vidéoprojection, avec une illumination laser, un fort contraste et une taille encore acceptable en intérieur domestique.


Quoique, à la première impression au déballage : il est super large !


Sony vw790es dans la salle Gran Theater by Kaz


Avec 57.5cm, il ne rentrerait pas dans la niche pourtant confortable qu'on avait prévu dans la salle. Heureusement l'emplacement principal est à l'extérieur de la salle, pour éviter la chauffe et le bruit, mais pour le test il sera à l'intérieur, sur un support provisoire, ce qui permettra de le comparer à notre projecteur de référence, un Christie tri-DLP fullHD à lampe Xénon qu'on a déjà vu à l'œuvre dans d'autres tests.


Il est donc positionné à 6m environ d'un écran de 4.20m de base en 2.35, constitué d'une toile Cinescreen 4K Référence avec un black backing maison (pour une meilleure transparence acoustique). Lors du test, nous réduisons la base illuminée à 3.90m environ. En source, on utilise un Oppo 203 standard pour avoir une base neutre et connue, tout réglage étant désactivé à l'intérieur. Il est réglé en YCbCr 4:4:4 et 12bit. Le câble est certifié HDMI 2.0 et mesure moins de 5m. Nous n'avons connu aucun problème de signal pendant le test.


Quadrillage pixel zoomé

Après quelques ajustements de Lens Shift et Zoom, on passe sur les mires de mise au point et les convergences, toujours un peu limites à mon goût pour un projecteur HDG. La netteté est un peu difficile à faire, mais mieux qu'auparavant, avec un pixel visible sur une feuille blanche. Malgré des convergences assez correctes à première vue, sur les petits détails comme les lettres des mires ou les quadrillages avec lignes de 4 pixels, on voit bien des contours bleu et rouge. En passant par le menu de réglage, on arrive à supprimer en bonne partie les contours rouge et bleu, mais sur les mires de 1 pixel en 1080p, il reste quand même de la couleur alors qu'elle devrait être noir et blanc. Donc sur une mire de 1 pixel en 3860x2160, c'est encore plus visible.



Tant qu'on est dans les petits défauts, on cherche un bon réglage sans artefacts pour la netteté et le Reality Creation : je trouve ici qu'il est beaucoup trop intransigeant. Dès qu'il y a le moindre petit applat ou contour ou pixel de trop sur la mire, il le met en exergue. Et quand on active le "Optim m au p num", une grosse exagération de certains détails apparait, rendant par exemple des points noirs sur la lèvre de mon modèle de test (voir ci-dessous), ou des points gris autour des lettres de la mire de netteté. Le bruit vidéo est alors exacerbé et les petits déchirements de compression qui passent d'habitude inaperçu sautent aux yeux. Je conseille donc de le désactiver.





Je ne sais pas si c'est une impression mais nous avons trouvé l'upscaling moins fin qu'auparavant : nous avons fait quelques tests sur la mire du scorpion avec une comparaison upscaling via l'oppo vs upscaling interne, et cette dernière fait beaucoup remonter les défauts de l'image sans lisser suffisamment les contours. Au final c'est plus net, mais moins naturel. On peut voir ci-dessous en gros plan le rendu de l'image mise à l'échelle par le Sony.


Mire Scorpion en gros plan upscaling Sony


Après quelques dizaines de minutes de chauffe (même si c'est un laser, par précaution), je mets en place la sonde pour voir comment il est réglé en sortie de carton et faire les ajustements nécessaires.



Calibration SDR


C'est une formalité, bien que j'aie eu la surprise d'un changement de gamma en remettant la sonde une heure après la première passe : d'une ligne quasiment droite à 2.2 il se retrouve montant de 2.2 à 10IRE jusqu'à 2.4 à 90IRE… Je ne l'explique pas, les mires étaient les mêmes. Le gamma se retrouve donc un peu haut en sortie de carton, confirmé quelques jours après avec une nouvelle série de mesures. Il a été ajusté pour les tests visuels comme vous pouvez le voir ci-dessous.





Les couleurs sont plutôt justes en sortie de carton, le color checker est dans les clous, seuls la température couleur et le gamma sont donc à ajuster après un rodage suffisant (l'exemplaire a 40 heures au moment de cette mesure et mériterait quelques dizaines supplémentaires). En termes de calibration, on pourrait faire mieux avec le logiciel interne pour améliorer la progressivité des niveaux proches du noir car nous le verrons par la suite, ils sont profonds mais manquent un peu de nuances malgré une calibration qui semble bonne. A ce sujet, j'obtiens entre 10350:1 et 11500:1 de contraste natif selon le mode de mesure utilisé avec cette même base d'écran, ce qui en fait le plus contrasté des Sony que j'ai mesurés.

Place aux extraits vidéos, avec une habituelle photo d'Oblivion ci-dessous en plein format.



Photo live plein format de Oblivion Bluray FullHD SDR


Subjectivement, l'image est nette, fluide et très contrastée.

Le passage dans le tunnel de The Dark Knight nous permet de constater que les artefacts générés par le Motionflow en mode "fluide bas" ont été réduits sans pour autant disparaître. Nous préférons le positionner en "True Cinema" car la vidéo est déjà bien fluide dans ce mode et reste tout à fait naturelle (entendez pour un visionnage de films dans les conditions du cinéma) sans aucun défaut, mais c'est une question de goûts – je connais des inconditionnels de ce mode fluide bas qui détermine même le choix du projecteur face à la concurrence. Les contrastes sont exceptionnels sur ce passage, mais on constate que les noirs sont légèrement bouchés sur les costumes des policiers et la carrosserie du fourgon. Une petite retouche de calibration et ce serait nickel.


Sur notre 2ème film de test, The Shallow, la colorimétrie est bonne et bien maîtrisée, avec un bon relief mais un effet un peu dur sur les visages qui montre que la qualité de la pellicule de ce film n'est pas des meilleures. Et pourtant j'y suis allé doucement sur les artifices de netteté, comme je le disais. L'image est nette et propre, aucun défaut à signaler sur ce type de scène (introduction dans la jungle puis sur la plage), avec une belle lumière et une bonne neutralité colorimétrique ce qui n'est pas si facile.

Le SDR est vraiment bien maîtrisé et quand la mise à l'échelle du 1080p vers le 2160p est bonne et le master impeccable, l'image est magnifique.



Calibration HDR


Evidemment le point qui nous intéresse le plus est la gestion du HDR par cette toute dernière génération de processeur Sony, après le communiqué de presse qui laissait entrevoir une gestion radicalement différente.

Pour faire l'état des lieux des réglages, on désactive toutes les améliorations d'image, surtout les artifices dynamiques, pour effectuer des mesures. Compte tenu de notre base d'écran et notre source neutre, il y a un peu de travail. J'ai donc commencé par régler le gamut du mieux possible pour avoir une bonne base, puis aligné au mieux la température et la courbe EOTF.


Calibration HDR Dyn OFF


Après calibration, on obtient 91% du DCI, ce qui n'est pas énorme, et une luminosité maximale de 60 cd/m² sur notre base d'écran de 3.90m. Comme nous le voyons, la courbe EOTF obtenue (ligne bleu) est un peu haute, ce qui signifie que la luminosité n'est pas suffisante et donc un peu limite pour un bon rendu en HDR sur une telle base. Pourtant cela donne presque 1800 lumens ce qui en fait le projecteur le plus lumineux des projecteurs à fort contraste.


Après le gamut réglé, les couleurs sont pas mal. J'ai malheureusement oublié de faire une capture d'écran, mais c'était proche des normes à 25 et 50% de saturation sur rouge, jaune, cyan, bleu et magenta. Seul le vert était un peu décalé à 50%, ce qui est courant. A 75% c'était moins juste, on arrive aux limites de cet espace pour du BT.2020 et seule l'ajout de sources lasers rouge et verte pourra améliorer sensiblement ce point.

Pour améliorer le rendu et récupérer de la luminosité sur les niveaux de l'image les plus importants, on va activer le HDR Dynamic, qui est un tone mapping modifié à la sauce Sony. On arrive en effet à caler la ligne à la bonne luminosité, laser en position maximale, puis on ajuste le contraste. Mais sur les premiers extraits visionnés sans autre retouche, on constate que l'image tire alors franchement sur le jaune (The Revenant, Dunkirk, Arrival, Hacksaw Ridge). Ci-dessous vous pouvez voir une photo rapide du rendu avec le HDR Dyn en mode haut. C'est très démonstratif, ça pourra plaire à certains, mais on s'éloigne de la norme et surtout cette teinte jaune peut être assez gênante, sauf si cela vient de notre exemplaire de test, ce qui n'est pas non plus impossible.


Photo mire vieil homme avec HDR Dyn mode Haut


Avec le HDR Dyn en mode Haut, je n'ai pas réussi à suffisamment compenser ce phénomène à mon goût, les scènes claires perdent pas mal de détails (on voit nettement le tassement des nuances des zones les plus claires avec une sensation similaire aux blancs brûlés, voir photos de Dunkirk un peu plus bas), mais également les zones sombres se trouvent trop accentuées, avec une perte de nuances également. Heureusement, on a trouvé un bon compromis en HDR Dyn Moyen, associé à une calibration des couleurs à l'aide du CMS :



EOTF et Sat50% HDR Dyn Moyen


Subjectivement, on a testé 5 films, avec un panel de scènes variées. Je vais exposer ici ce qui nous a interpelés. En premier effet sur Hacksaw Ridge, le début avec les enfants qui courent dans les blés, on dit "Wouahou" : la luminosité est excellente même si elle n'atteint pas la valeur recommandée (la grande base d'image et faible recul compensent visuellement en réalité dans notre environnement dédié), les couleurs sont chatoyantes, la fluidité est toujours aussi bonne en UHD. Le contraste intra-image est très bon.

Ensuite, sur Dunkirk, avant calibration des couleurs et en HDR Dyn Haut je vais être clair : je n'aime pas le rendu. Les zones claires sont forcées, la teinte jaune évoquée explose, les couleurs ne sont pas justes, le sable est étrange… On a réglé 2 presets du Sony pour nous aider dans notre opinion : un preset calibré avec le HDR Dyn désactivé, donc au plus près de la norme, mais manquant de luminosité, un second preset avec soit le HDR Dyn Haut soit le HDR Dyn Moyen et couleurs ajustées dans les deux cas. En passant de l'un à l'autre, on a vu nettement que le compromis du mode moyen était valable, il reste certes une petite variation des teintes mais c'est acceptable, tandis que le mode Haut ne l'est pas.



HDR Dyn Haut
HDR Dyn OFF

Ceci est confirmé dans l'extrait suivant, Interstellar, dont la version UHD voit la teinte des visages plus jaune que la version SDR. Alors qu'en mode Haut du HDR Dyn et sans calibration, c'est vraiment trop jaune, en mode Moyen et couleurs calibrées, tout passe bien. Que ce soit le réveil après le cauchemar qui est très sombre, les intervenants qui racontent l'histoire, ou dans la maison qui est envahie par la poussière, en passant par les plans IMAX des champs de maïs, le rendu est conforme. Cependant, dans la maison, scène relativement sombre, on note un fort durcissement des visages par rapport à ce qu'on voit d'habitude. Le rendu est assez numérique et manque de naturel. C'est dû au renforcement des zones sombres, cumulé avec le Reality Creation qui en fait un peu trop. Donc attention, il ne pardonne vraiment rien.


Le problème dans les scènes sombres est bien visible sur Ant Man and the Gasp, la scène d'introduction avec la petite fille qui parle à sa mère. Outre la teinte jaune, le mode haut bouche trop les détails et rend l'image totalement artificielle et pas dans le bon sens du terme : le rendu est trop forcé. En repassant l'extrait sur le Christie tri-DLP nos impressions sont confirmées, c'est plus naturel et plus joli, malgré un contraste natif très inférieur (environ 2500:1). En mode HDR Dyn Moyen, il y a moins d'écart, mais le Christie associé au Tone Mapping de MadVR reste devant.


La faute est donc à l'obscurcissement des zones sombres. AMHA, c'est une erreur de l'algorithme de Sony, à trop vouloir contraster l'image, elle s'en trouve dénaturée. D'autre part, le mode dynamique du Laser n'arrange pas les choses, il réduit la luminosité de cette scène ce qui la rend fade en plus de manquer de nuances. Comme je le disais, sur 3.90m on est vraiment limite pour profiter du HDR correctement, et nul doute qu'en limitant la base à 3m le résultat serait bien plus convaincant. Mais rassurez-vous, c'est uniquement software comme problème, donc ça peut être corrigé par une mise à jour. Cela pourrait aussi être corrigé si le calibreur avait accès à la courbe EOTF cible, ce qui n'est toujours pas le cas pour l'instant : si on éclaire en montant la luminosité, on retrouve le problème des premiers niveaux trop visibles et manquant de progressivité (comme les premiers OLED pour ceux qui ont connu), et si on laisse le niveau de noir au plus profond, les premiers niveaux sont trop sombres. A noter qu'une autre source que l'Oppo 203 pourrait être meilleure sur ce point, Panasonic UB9000, PCHC… ou aidé par l'usage d'un scaler. Il y a donc une marge de progression non négligeable.


Sinon, en dehors de ce problème, l'image d'Ant Man and the Gasp était superbe dès que les scènes s'éclaircissent : très piquée avec un bon relief et une belle luminosité. Le passage sur le missile juste après, avec les combinaisons très détaillées, rend particulièrement bien, puis dans le laboratoire avec le père et sa fille 25ans plus tard, superbe sur les visages et les cheveux.

En dernier extrait on a choisi Valerian, un film à la pellicule superbe et à la scène d'introduction sur la planète Mül particulière d'intensité colorimétrique, précédé d'une scène dans l'espace. Même constat que sur Ant Man, manque de naturel dans les scènes sombres et scènes claires très bonnes. On constate sur la planète Mül que même le mode HDR Dyn Moyen écrase un peu les nuances des hautes lumières. En comparaison avec le Christie et madVR, le résultat est inférieur en colorimétrie et relief (sur le sable notamment), avec un meilleur détachement des plans sur le Christie. Et sur la peau des extraterrestres, les textures sont également un cran au-dessus sur le Christie. Par contre évidemment les scènes sombres de l'espace sont largement en faveur du Sony, avec une excellente profondeur de noirs.



Conclusion


Je pense que ce Sony 790es est un projecteur compliqué et exigeant, plus que son prédécesseur le 760es que je connais bien. Il va plus loin sur le piqué et la netteté globale de l'image, ainsi que sur le contraste natif et la luminosité, donc il y a une vraie évolution. Mais je reste sceptique sur les choix de Sony en matière de Dynamic Tone Mapping (optimisation du HDR) et je pense qu'il mériterait, si ce n'est un réglage manuel de l'EOTF, au moins un second artifice pour régler l'éclairement des zones sombres sur 3 paliers comme embarqué dans certains Sony précédents. Si vous voulez profiter au mieux du HDR sur ce projecteur, soignez la source (Panasonic UB9000 par exemple en mode projecteur ou PCHC avec madVR), ne visez pas une base trop grande (3.50m maximum avec un écran à gain 1.0), calibrez au mieux les couleurs HDR Dyn activé (attention car le processus est dynamique comme son nom l'indique) et équilibrez finement les premiers paliers de luminosité à la sonde en vous aidant de la source.

Le résultat sera alors exceptionnel !


Merci à Sony pour le prêt, ainsi qu'à Nicolas et Maxime.